Tirant son nom d’une initiative de la mairie qui a tournée au ridicule (l’achat par la mairie de Paris d’un perroquet vivant destiné à orner une œuvre d’art contemporain…), Le Perroquet Libéré est un site satirique qui publie depuis plus de quatre ans des informations et des documents sur la municipalité parisienne. Créé par deux amis, François Devoucoux du Buysson et Max Dupré, Le Perroquet est vite devenu l’oiseau de malheur de l’Hôtel de Ville.
Manifestant une prédilection pour les sujets qui fâchent (difficultés de logement, politique de circulation) ou qui grippent la communication parfaitement bien huilée de Bertrand Delanoë (promesses électorales oubliées, clientélisme communautaire, relations privilégiées avec certains grands groupes, gaspillages et copinage), Le Perroquet n’a en effet pas tardé à s’attirer les foudres de la mairie.
Si sa liberté de ton et son indépendance en agacent plus d’un, à gauche mais aussi à droite, Le Perroquet Libéré n’avait cependant jamais été confronté à de réelles menaces de la part des caciques parisiens. Car, si Le Perroquet publie régulièrement quelques documents explosifs provenant de ses informateurs (appels d’offres foireux, rapports confidentiels sur le logement ou les abonnements de taxi des élus, notes internes soulignant des anomalies dans l’octroi de certaines subventions), ses auteurs veillent à ne publier que des informations vérifiées. Une attitude inspirée par une rigueur journalistique nécessaire à sa crédibilité mais aussi par la certitude que, faute de moyens, un procès perdu signerait la mort de l’impertinent volatile.
Malgré cela, l’attitude de la mairie à l’égard de son infatigable contradicteur s’est récemment durcie. Par l’entremise d’un de ses informateurs, Le Perroquet a en effet été averti de ce qui se tramait contre lui : furieux que Le Perroquet ait rendu public un rapport confidentiel de la Chambre Régionale des Comptes soulignant les carences de sa politique en matière de crèches, Bertrand Delanoë a consulté son directeur juridique sur « les suites judiciaires susceptibles d’être apportées » à cet inacceptable offense. Manque de bol pour le maire, la liberté d’expression n’a toujours pas été abolie en France et c’est avec « regret » (sic) que la direction juridique a répondu n’avoir trouvé dans l’article du Perroquet de quoi lui clouer le bec, encore moins le mettre en cage !
A un an des élections municipales, on ne rigole plus à l’Hôtel de Ville et ce n’est peut-être que partie remise. Conscient que le moindre faux pas lui sera fatal, Le Perroquet ne donnera pas moins de coups de bec mais redoublera de vigilance en publiant ses articles.
Le plus inquiétant dans cette affaire n’est pas qu’aucun élu ne l’ait soutenu -il s’y attendait un peu- mais plutôt le silence absolu de la presse qui n’a pas réagi aux velléités de censure de la mairie. Seule la blogosphère s’est quelque peu émue de cette intimidation de Goliath (40.000 fonctionnaires et 7 milliards d’euros de budget annuel du côté de la Ville de Paris) envers David (deux internautes isolés dépensant 20 euros par mois et beaucoup de leur temps libre pour faire fonctionner le site du Perroquet). Une indifférence qui a de quoi écoeurer les animateurs du Perroquet Libéré mais qui, au contraire, les renforce dans la conviction que ce qu’ils font est nécessaire dans une démocratie digne de ce nom.
F.


