Après la condamnation pour diffamation -à 1 euro symbolique- d'une employée licenciée de Nissan qui avait raconté sur son blog ses mésaventures professionnelles, le journal "Aujourd'hui en France - Le Parisien" a publié mardi 2 pleines pages sur ces "journaux intimes" de "plus en plus sous surveillance". J'ai été interviewé pour un encadré sur "Les maires (qui) se fachent aussi". J'ai notamment expliqué que pour faire face aux pressions et intimidations qui menacent la liberté d'expression des citoyens internautes, j'ai lancé avec d'autres blogueurs locaux le site www.webcitoyen.com.
Il y a en effet un principe qui fonde notre démocratie : la liberté d'expression. Un citoyen qui décide d'exprimer ses idées -sur un blog ou ailleurs- ne doit pas être inquiété pour cela. La société, les lois... doivent tout faire pour défendre cette liberté. La règle, c'est la liberté. Ce sont les exceptions à cette règle qu’il faut limiter et encadrer.
S'agissant de l'affaire Nissan, un salarié n'est pas un sous-citoyen. Il a autant le droit à la parole publique qu'un dirigeant, qu'un élu ou que le représentant d'une institution X ou Y.
Il faut sortir l'entreprise de cette nasse du secret qui n'a plus aucun sens à l'heure d'Internet. Je dois pouvoir dire, si je le souhaite, ce que je pense de mon travail, sur ce que je ressens dans mon entreprise.
La limite, c'est par exemple la divulgation de secrets de fabrication ou bien de décisions stratégiques. Mais la manière dont mon entreprise gère la fin d'un congé maternité, pour l'exemple de Nissan, je ne vois pas en quoi ce serait stratégique...
L'entreprise veut défendre son image ? Mais alors que l'image qu'elle souhaite donner repose sur ce que ressentent réellement ses membres, et pas sur une construction marketing virtuelle.
On a vu dans des affaires récentes combien l'image d'une entreprise peut-être décalée par rapport à la réalité. Dernier exemple : Apple qui produit ses iPod sur des chaînes en Chine sur lesquelles travaillent de très jeunes femmes, dans des conditions inacceptables.
Je veux savoir ça (et je pense que vous aussi). Et je veux (comme vous, j’en suis certain) que ces jeunes femmes puissent s'exprimer. Parce que (comme vous) je défends la liberté d'expression. Parce que j'ai le sentiment que cela changera les choses pour ces femmes et pour l'évolution de la démocratie en Chine. Apple -qui il y a quelques années mettait Gandhi et Martin Luther King dans ses publicités- s'est empressé d'annoncer qu'il allait envoyer des équipes sur places pour sermonner ses sous-traitants et changer les règles, notamment sur la rémunération des heures supplémentaires de ces salariées.
Pourquoi ce que nous souhaitons tous pour la Chine, nous ne le défendons pas pour la France ?
Nissan, groupe franco-japonais, a eu tort d'attaquer son ancienne employée, comme une vulgaire criminelle. Celle-ci a le droit de dire ce qu'elle pense. Dans cette affaire, c'est bien la liberté d'expression qui est dangeureusement mise à mal.
Les entreprises -Nissan-, comme les élus -Joëlle Ceccaldi-Raynaud à Puteaux-, doivent accepter la prise de parole citoyenne. L'internet donne à tous des outils pour s'exprimer. Rien ne doit pouvoir les empêcher de les utiliser librement.
Christophe Grébert



