J'avais tenté, dans un premier billet ici, de dire ce qu'est, ou n'est pas, un journaliste citoyen. Ce billet a suscité de nombreux commentaires. Et puis, je continue de réfléchir au sujet. De le prendre par un autre bout que celui du statut du journaliste professionnel, comme je l'avais alors fait. M'est apparu un concept comme primordial dans l'élaboration d'une réflexion sur le sujet, celui légitimité.
La légitimité, c'est étymologiquement un pouvoir conféré par la loi.
En cela le journaliste est légitime : la loi lui reconnait le pouvoir d'informer (ne serait-ce qu'en lui octroyant certains avantages). Le blogueur ne l'est pas : la loi ne lui reconnaît aucun pouvoir particulier, juste des devoirs (ceux d'un directeur de la publication, c'est un autre débat). Aucun pouvoir particulier, donc, qui le distingue des autres citoyens : littéralement, aucune légitimité.
On le voit dans les commentaires sur nos blogs, où l'on nous demande qui l'on est pour oser prendre la parole : « de quel droit est-ce que tu fais ça ? ». Quelle est ta légitimité pour le faire ? Et bien, justement, le blogueur citoyen n'en a pas. Au moins, pas au départ. Qu'on l'étiquette « journaliste citoyen », c'est une forme de reconnaissance de sa légitimité, par capillarité depuis celle du journaliste professionnel. Le choix des mots n'est pas innocent.
Si on tire, étymologiquement, sa légitimité du droit, on la tire également de toute forme de reconnaissance, celle de ses pairs, celle de ses actes. Ainsi, lorsque je donne une formation sur l'écriture en ligne, je suis légitime parce que j'ai écrit un livre sur le sujet. Rien à voir avec le droit, mais nos actes nous donnent, au fil du temps, une forme de légitimité sur certains sujets.
Ainsi, sur mon blog citoyen, je devrais dire qui je suis, d'où je parle, ce que j'ai fait avant. Non pas pour satisfaire le voyeurisme de mes lecteurs ou sombrer dans les travers de la peoplisation, mais pour donner, dès le départ, des gages, des indices de légitimité.
Aujourd'hui, à bien y regarder, c'est de son audience que le blogueur tire sa légitimité. Du nombre d'internautes qui consultent ses pages, de nombre de personnes abonnées à ses fils RSS, du nombre de commentaires postés sous ses billets. On pourrait voir dans la publication récurrente des statistiques sur les sites des uns ou des autres une forme d'orgueil, c'est plus vraisemblablement, une quête de légitimité. Je vaux autant qu'on me lit, qu'on me lie. Puisque mes lecteurs reconnaissent ainsi un intérêt à mon travail, vous pouvez, vous aussi me lire en confiance, et reconnaître, quoi que vous en pensiez sur le fond, que mon travail a une valeur.
Evidemment, on se dit que si seule l'audience est un critère de légitimité, les travers nous guettent, et que l'on devrait en déduire que TF1 bénéficie de plus de légitimité qu'ARTE. Ce n'est pas si simple. Et l'on n'est pas légitime dans l'absolu : on l'est dans certains domaines. Et pour ce qui est du divertissement, reconnaissons à TF1 sa supériorité.
Heureusement, donc, cette course à l'audience n'est pas que quantitative. On peut procéder qualitativement. Je cherche à savoir qui me lit, qui me commente. La légitimité de chacun de ceux là influe directement sur ma propre légitimité. Les journalistes s'inspirent de mes articles ? Tant mieux ! Les politiques me lisent avec attention ? C'est toujours ça de pris.
Si l'on y réfléchit bien, et pour peu qu'on connaisse un peu la méthode de calcul de Google, le Pagerank que de nombreux blogueurs portent aussi fièrement comme un étendard est un indice de légitimité relativement objectif.
Tout cela est de l'ordre de la réflexion au fil de l'eau, et je m'en excuse auprès de mes lecteurs. Mais j'ai le sentiment que creuser un peu cette question de la légitimité peut être intéressant. Heureusement qu'il y a les commentaires : je compte un peu sur vous pour avancer dans la réflexion.
A propos de commentaire, j'ai bien aimé, sur le sujet, celui de sessyl, publié sur Le Rouennais : « Le travers, grave selon moi, qui consiste à se demander avant tout, quand est émise une opinion, "qui le dit ??" au lieu de se demander prioritairement "qu'est-ce qui est dit ?" » Si l'on se concentrait plus sur le contenu du message que sur celui qui l'émet, tiens...
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