La formule a de quoi faire bondir les journalistes professionnels. Pourtant, il convient avant de bondir, de se demander ce qu'est un journaliste. Un journaliste c'est, tout simplement, quelqu'un qui a pour métier le journalisme. Il n'y a pas d'autre définition. C'est donc vers la définition de journalisme qu'il faut se tourner pour avoir une idée plus précise. On sait, déjà, qu'en tentant de définir la chose, on marche en terrain miné.
"Le journalisme est l'activité qui consiste à collecter, rassembler, vérifier et commenter des faits pour les porter à l'attention du public à travers les média.
[...]
Les différents média sont aujourd'hui : la presse écrite, la radio, la télévision, Internet. Se rajoute l'agence de presse, dont les dépêches, accessibles sur abonnement, sont principalement écrites pour d'autres professionnels de l'information. En France, les journalistes sont censés obéir à des règles déontologiques dont l'interprétation est sujette à polémique. En fait, la commission paritaire qui délivre les cartes de presse (CCIJP) ne fonde pas ses décisions en fonction du respect ou non d'une charte de déontologie. Cette commission exige juste des candidats d'avoir gagné plus de 50% de leurs revenus d'un traitement intellectuel de l'actualité durant l'année précédente. Néanmoins, les journalistes eux-mêmes sont parfois persuadés (et se persuadent) que l'obtention de la carte est liée au respect de "la" déontologie alors qu'il n'en est rien. Cela s'explique par le souci de diffuser une image sociale valorisante et prestigieuse de leur corporation."
C'est ce que dit Wikipedia. Le site de la CCIJP est plus précis :
Pour une première obtention de la carte, "il faut exercer la profession depuis trois mois au moins consécutifs, et tirer de cette activité le principal de ses ressources, c’est-à-dire, plus de 50 %. Naturellement, les fonctions exercées doivent être de nature journalistique. Enfin, l’employeur doit être une entreprise de presse (écrite ou audiovisuelle) ou une agence de presse agréée."
Et bien, sauf erreur de ma part, aucun blog d'information local émanent d'un individu l'alimentant bénévolement n'est une entreprise de presse ou un agence de presse agrée. Pour qu'un blog emploie des journalistes, il devrait simplement être une publication produite par une entreprise de ce type. Dans ce cas, le salarié qui produirait de l'information pour ce blog aurait tout d'un journaliste. En tout cas, d'un journaliste en ligne, tel qu'il est défini, lui aussi, sur le site de la CCIJP :
"Pour obtenir la carte de presse, le demandeur doit naturellement remplir les mêmes conditions que ses confrères de la presse " classique ", mais il doit -en plus- être obligatoirement rattaché à la Convention Collective Nationale de Travail des Journalistes et à l’une de ses qualifications ; son employeur devra soit correspondre à la définition d’une entreprise de presse, soit avoir à titre principal une mission d’information à l’égard du public (les statuts de l’entreprise doivent être fournis lors du dépôt de dossier de candidature) ; l’information diffusée doit être réactualisée périodiquement en fonction de la nature de l’information ; des copies d’écran en nombre significatif ainsi que l’adresse électronique de la publication en ligne devront être fournies et enfin les tâches exercées doivent être exclusivement journalistiques et s’exercer dans une structure journalistique (rédaction, direction de l’information…)."
Il y a tout de même quelques réserves, et quelques professions qui sont incompatibles avec l'exercice professionnel du journalisme :
"L’article L 761-2 du code du travail a établi une incompatibilité en ce qui concerne les agents de publicité et le métier de journaliste, ce qui ne signifie pas que les journalistes ne puissent occasionnellement et en tout cas minoritairement percevoir des commissions d’ordre publicitaire.
En revanche, depuis octobre 1964, par arrêté du Ministre de l’Information, les fonctions de chargé de relations publiques et d’attaché de presse sont totalement incompatibles avec le statut de journaliste professionnel, même si celles-ci sont très accessoires au regard des activités journalistiques.
Enfin, un troisième cas d’incompatibilité a été ajouté en Mai 1986, par un arrêt du Conseil d'État qui a estimé que le statut de fonctionnaire ou d’agent public contractuel est exclusif du bénéfice de tout autre statut professionnel." (source Wikipedia)
Toute question déontologique est, à part ces réserves, sans objet au regard de la Commission de la Carte d'Identité des Journalistes Professionnels.
Impossible donc pour un blogueur local d'être reconnu comme un journaliste professionnel :
1) tant que le journalisme ne lui rapporte pas plus de 50% de ses revenus
2) tant qu'il ne produit pas l'information publiée sur son blog sous la responsabilité d'une entreprise de presse
3) tant que les tâches qu'il exerce ne le sont pas dans une structure journalistique (avec une rédaction digne de ce nom et les garde-fous qu'elle permet)
Reste que si la Commission de la Carte d'Identité des Journalistes Professionnels est bien celle des journalistes professionnels, et non des journalistes tout court, alors, elle admet par déduction l'existence de journalistes amateurs, et, si on veut les appeler comme cela, de journalistes citoyens. Des journalistes du dimanche, ou des journalistes à la petite semaine : les mots ne manquent pas pour dire, simplement, qu'ils ne sont pas professionnels.
Mais il s'agit bien, sur les blogs locaux, de traitement intellectuel de l'actualité, seul élément de définition sur lequel tout le monde sera vraisemblablement d'accord.
Et si dans l'idéal, le journaliste respecte une déontologie, des principes et des pratiques qui font l'honneur de son métier, l'interprétation de ces règles déontologiques générales est soumise à de nombreuses polémiques. Je vous renvois, à ce sujet, aux règles éthiques présentées, à titre d'exemple, sur Wikipédia. Sur ces sujets là, les débats entre journalistes professionnels sont loin d'être finis. Et, concrêtement, sauf code de déontologie interne à l'entreprise de presse qui l'emploie, chaque journaliste est renvoyé à sa propre conscience. Le blogueur local qui voudra mériter pleinement l'appelation de journaliste citoyen pourra peut-être, d'ailleurs, commencer par là : la publication de sa profession de foi déontologique sur son blog. Il pourra pour cela s'inspirer des principes et pratiques du journalisme. Et il pourra alors compter sur ses lecteurs pour le mettre face à ses contradictions dès qu'elles se feront jour.


