Il existe
de nombreuses raisons qui m’ont poussé à ouvrir une plateforme de publication
participative locale. L’une des plus importantes est tout simplement l’envie de
m’intéresser à la vie locale. Tout en restant étonné de constater que ce genre
d’initiative est loin d’être courante.
Un premier
billet pour lancer le blog et se présenter. Un deuxième pour expliquer ses
motivations. Un troisième pour commencer à relayer une première information
locale ou tout simplement relater un fait, un évènement en y apportant notre
point de vue. Une réflexion. Une critique.
Les jours
passent. Je reste attentif à la venue des premiers lecteurs. Puis, un premier
commentaire est déposé. Soulagement, jubilation et optimisme.
Les
semaines passent. Je commence à m’interroger sur une ligne éditorial. Comment
la suivre ? Comment la tenir ? Les premiers courriers électroniques
me demandent de m’identifier plus clairement et les premières affabulations et
intrigues de toutes sortes font leur apparition. Etes-vous journalistes ? Etes-vous
rattaché à une entité ? Pour qui vous prenez-vous ? Quelle est votre
couleur politique ?
Avec le
temps, je tente de trouver une direction. Une manière de réponse. Le moyen
d’accepter ou de refuser certains rendez-vous avec des personnalités.
La machine
est lancée. Elle fonctionne depuis 100 jours. 41.500 visiteurs. 100.000 pages
vues. 188 billets. 771 commentaires. J’ouvre une parenthèse en accueillant
d’autres rédacteurs. Ainsi, je me nourri d’autres réflexions et points de vue
pertinents et apporte du même coup une plus-value à mes lecteurs. Je
m’interroge sur les moyens dont je dispose pour relayer, relater, ou synthétiser
un contenu d’information locale.
Certains
blogueurs locaux ont simplement besoin d’une chaise, d’un bureau, d’une machine
et d’une connexion Adsl pour administrer leur plateforme. D’autres, dont je
fais partie, ajoutent à cela le besoin d’aller sur le terrain et de
« produire » un contenu d’information locale qui ne s’y trouve pas.
Je reste
perplexe à la lecture des magazines et journaux municipaux, départementaux ou
régionaux distribués. Ces derniers ne sont pratiquement jamais consultables en
ligne. Chacun affiche son satisfecit, ses comptes rendus sans reproche. Ses clichés
peu informatifs. Les bulletins municipaux ressemblent parfois à des plaquettes
d’entreprises. Aucune autocritique. Pas d’invitation à démarrer ou continuer
une discussion. Parfois dans un coin retranché, l’opposition tente de
s’exprimer.
Puis, je
découvre l’importance relative des Conseils Consultatifs de Secteurs. Instances
citoyennes se tenant informées des projets de la municipalité invitant les
citoyens concernés à débattre. Les propositions votées sont transmises au
Conseil Municipal afin qu’elles soient prises en compte par les élus. Ces
derniers choisissant bien finalement d’écouter ou non les CSS. Démocratie
représentative oblige !
Les séances
du Conseil Municipal n’attirent pas le public. Les délibérations et ordre du
jour en ligne ne sont ni détaillés, ni à jour. On a l’impression que la
communication est faite pour circuler dans la sphère des instances municipales
et non à l’égard du citoyen.
La presse
et la télévision locale diffusent une information locale. Sans attendre
forcément en retour une opinion publique, ni l’envie de susciter un débat ou l’avis
des nombreux lecteurs et téléspectateurs sur le sujet.
J’écoute
mon entourage. Mes voisins. La gardienne. Les parents d’élèves à la sortie de
l’école…
Finalement,
je constate sur mon blog beaucoup plus de commentaires déposés sur des billets
rédigés dont le contenu d’information est produit par mes soins « sur le
terrain ». Une information qui n’en est pas une pour mes détracteurs.
Pourtant, elle est nouvelle, fraîche et peut notamment interpeller le lecteur
ayant l’habitude de consommer une information trop souvent matérialisée et
formatée par les médias.
C’est peu
être sur ce terrain que le blog locale citoyen prend toute son importance et
acquière sa noblesse et sa raison d’être.
Pour ma part,
je continue à bloguer.
Notamment
parce que mes lecteurs attendent chaque matin un billet. Parce que les élus de
ma région me lisent. Parce que les médias, intrigués par la plateforme, en
parlent. Parce que je sens chez mes lecteurs le besoin de communiquer,
d’échanger et de participer librement à quelque chose. Qu’importe s’ils se
cachent derrière un pseudo. L’envie de parole, d’opposition, de satisfaction,
d’autocritique, de suggestion, d’appartenance et de réhabilitation de la notion
de citoyenneté n’a jamais été aussi forte.