Des "États Généraux du CyberCitoyen" se sont déroulés aujourd'hui à la BNF François Mitterrand, à Paris. Organisée par l’association Réseaux Citoyens, cette journée de débats avait pour objectif -ambitieux- de faire le point sur les avancées de la révolution numérique et de la cyberculture.
J'ai assisté à la première table ronde consacrée à l'"Administration électronique et e démocratie : quelles politiques mettre en œuvre avec le cybercitoyen ?". Une bonne partie de la discussion a porté sur les moyens d'amener les gens à devenir des "cybercitoyens" : en développant les accès à l'internet, en formant les jeunes et les moins jeunes, etc. Des expériences locales ont aussi été présentées.
J'ai eu la surprise d'entendre un représentant d'une grande ville chargé de l'e-administration nous parler de "clients en attente de services efficaces" à propos des internautes se connectant sur le site municipal. Je suis intervenu pour dire que je ne me sentais pas "client" lorsque je m'adressais à ma ville, mais "citoyen". A la limite, aurais-je pu ajouter, je veux bien être considéré comme un "actionnaire".
Ce vocabulaire traduit assez bien l'état d'esprit de ceux qui fournissent et gèrent les sites internet des collectivités territoriales : ils nous "vendent" des services et nous placent dans la situation passive du "client", et pas dans celle active du citoyen responsable, membre à part entière de la collectivité. Ce faisant, ils ne cherchent pas à développer la "cybercitoyenneté", mais ils inventent le "cyberclientélisme".
D'où des sites, comme celui de Puteaux, ma ville, qui ne permettent aucune démarche e-administrative, qui ne permettent pas de s'abonner par fil RSS aux informations publiées, qui ne permettent aucune discussion en ligne (ni débat, ni forum) et dont le seul outil interactif est la possibilité de recevoir les annonces de spectacles par SMS !
La plupart des mairies reproduisent sur internet leur communication traditionnelle : 1 message diffusé en sens unique, sans possibilité d'intervention du citoyen infantilisé.
Seule évolution, tirée du marketing : désormais le citoyen-cyber est cyber-ciblé par catégorie. Un site municipal propose ainsi d'orienter votre visite, en fonction de votre profil : "jeune", "parent", "senior", "sportif", "entreprise", etc... à chacun ses pages, à chacun ses "services".
J'ai conclu ma courte intervention en déclarant qu'en l'état, je ne faisais pas du tout confiance aux collectivités territoriales et en leurs responsables pour permettre l'émergence de cybercitoyens. C'est sur les blogs et les forums, loin de toute organisation officielle, que se forment ces nouveaux citoyens engagés. C'est eux qui, agissant comme contrepouvoir, amèneront les représentants des collectivités territoriales à agir, conformément à leur mandat, dans l'intérêt et au service de tous.
Le cybercitoyen existe... mais visiblement les "acteurs institutionnels" ne s'en sont pas encore aperçus !
(photo : Christophe Grébert sur Flickr)



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